La fast fashion, ou mode éphémère, est une tendance qui rencontre de plus en plus de succès, particulièrement dans les pays occidentaux. On l’a vu récemment avec l’installation d’une enseigne Shein à Paris, qui fait polémique. Et, de fait, nos modes de consommation ont considérablement augmenté ces dernières décennies. Une personne achète en moyenne 40 % des vêtements de plus qu’il y a 15 ans… Et le marketing porté par des marques de vêtements rapides comme H&M, Zara ou Shein n’est pas étranger à cette évolution… Mais la fast fashion est loin d’être toute rose, ou plutôt toute verte… C’est aussi une politique de surconsommation, une éthique douteuse, un désastre pour l’écologie, des travailleurs exploités…
La Fast fashion : qu’est-ce que c’est ?
L’industrie de la fast fashion repose en grande partie sur une surproduction qui pose un certain nombre de questions environnementales.
La Fast Fashion : une mode éphémère basée sur la surproduction
La fast fashion se caractérise par la production de vêtements en masse. Le principe est simple : vendre les produits à des prix abordables, voire dérisoires, au sein de collections éphémères. Le nombre de vêtements neufs vendus ne cesse de s’accroître, passant de 3,1 milliards en 2019 à 3,5 milliards en 2024, si l’on en croit le baromètre 2024 de Refashion. Pour donner un ordre d’idées, cela équivaut à 10 millions de pièces achetées tous les jours en France…
Historiquement, l’industrie de la mode produisait seulement deux collections annuelles, en hiver et en été. Mais depuis le début des années 2000, cette tendance s’est considérablement démocratisée. Aujourd’hui, selon l’Ademe, certaines marques vêtements rapides produisent jusqu’à 24 collections par an ! Malheureusement, ce renouvellement massif et intensif des collections a un prix. Et ce aussi bien sur un le plan de l’écologie qu’au niveau de l’éthique…
Qui dit surproduction de la Fast Fashion dit surconsommation
Pour les consommateurs, la fast fashion constitue l’opportunité d’acquérir des vêtements à bas prix. Le problème dans ce système, ce n’est pas tant le fait d’acheter que de tomber dans la surconsommation… Pour rester à la pointe de la mode et des nouvelles tendances, les consommateurs vont être tentés d’accumuler les habits. Toutes les campagnes marketing des marques de vêtements rapides sont faîtes pour créer de nouveaux besoins. L’industrie de la mode va donc jouer un rôle important dans notre rapport à l’habit. Celui-ci devient un moyen de se définir socialement. Et les possibilités infinies qui s’offrent à nous, aussi bien en ligne qu’en magasin, contribuent à renforcer cette idée-là. Ce qui entraîne inévitablement une consommation disproportionnée par rapport à nos besoins réels.
« Une mode a à peine détruit une autre mode, qu’elle est abolie par une plus nouvelle, qui cède elle-même à celle qui la suit » disait Jean de la Bruyère. Cette citation trouve tout son sens dans la fast fashion, liée au renouvellement permanent des produits. Et ce au détriment des valeurs les plus ordinaires liées à l’écologie…
La Fast Fashion entraîne aussi des risques d’invendus…
Cette surproduction a pour conséquence d’accroître le nombre d’invendus, ce qui pose également un problème lié à l’écologie. On estime que, chaque année en France, entre 10 000 et 20 000 tonnes de produits textiles, sont jetés à la poubelle. Les déchets non recyclés sont envoyés en Afrique ou en Amérique latine, où ils finissent dans des décharges qui ne cessent de grandir. A l’image d’Accra, au Ghana, où s’élève une colline de déchets de plus de 20 mètres de haut…
Et, si les pays en développement servent de décharge à ciel ouvert, ils sont aussi le théâtre de la production effrénée des marques de vêtements rapides…
Fast-fashion : des matières non renouvelables utilisées à foison
Eh oui ! Qui dit politique de production accélérée dit réduction des coûts… Résultat : les habits sont fabriqués à partir de matières non-renouvelables, moins chères.
Le polyester, un danger pour les océans
Par exemple, le polyester est très utilisé dans l’industrie de la fast fashion, du fait de sa légèreté, de son élasticité et de son faible pouvoir absorbant. Mais un tel usage n’est pas sans conséquences pour l’écologie… Au lavage, des micros-fibres plastiques sont rejetés dans les cours d’eau et dans les océans. Les écosystèmes marins sont ainsi les premières victimes de cette pratique. Et ce n’est pas qu’un impact minime… Si l’on en croit l’Ademe, cela représente l’équivalent de 50 milliards de bouteilles plastiques rejetées en mer chaque année…
Le coton, un grand consommateur d’eau et de pesticides
En plus du polyester, les marques de vêtements rapides ne se privent pas de privilégier d’autres matières non renouvelables. Parmi elles, le coton, qui consomme 11% des pesticides, alors qu’il ne couvre que 2,5% de la surface agricole mondiale. Son irrigation nécessite de détourner des nappes phréatiques, des lacs ou des rivières. Ce type de consommation représente ainsi un frein pour l’écologie, à tous les niveaux.
La fast fashion : un industrie qui exploite ses travailleurs
Les dessous de ce mode de production sont également un désastre humanitaire. Et les premiers à en souffrir sont les ouvriers, placés au premier plan.
La fast fashion s’implante dans des pays en développement
La stratégie des grandes marques de vêtements rapides (H&M, Shein…) consiste à s’implanter dans des endroits où la main d’œuvre est le moins cher. Et, bien souvent, il s’agit des pays en développement, comme le Bengladesh, l’Inde ou encore le Pakistan. Grâce à cette baisse des coûts de production, elles sont en mesure de produire plus, afin de vendre à des prix moindres. Le Forum économique mondial a ainsi classé l’industrie de la mode et sa chaîne d’approvisionnement, en 2021, à la troisième place des plus grands pollueurs au monde. En effet, si l’on compte l’ensemble de l’industrie textile, qui comprend l’habillement, la décoration ou encore le textile sanitaire, c’est 1,2 milliards de tonnes de dioxyde de carbone que la mode rejette dans l’atmosphère. Et cette stratégie n’est pas seulement une plaie pour l’écologie : elle bafoue aussi les droits humains les plus fondamentaux…
Le Bengladesh : des conditions de travail éprouvantes voire mortelles
Le Bengladesh illustre bien les dérives humanitaires de l’industrie de la fast fashion. A lui seul, ce petit pays d’Asie du Sud exporte 91 % des textiles vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Selon Zero Waste France, sur un tee-shirt vendu à 29 euros, les travailleurs.euses bangladais gagnent seulement 18 centimes. Leurs conditions de travail sont également éprouvantes, voire dangereuses. L’exemple le plus marquant est l’effondrement en 2013 d’une usine non conforme aux normes de sécurité, la Rana Plaza, qui a causé la mort de 1129 personnes. Et ce n’est pas tout… Ces travailleurs sont aussi exposés à de graves problèmes de santé, contraints de manipuler des substances toxiques, la plupart interdites en Europe. Le tout pour produire en quantité au service de marques de vêtements rapides…
Quelques alternatives de consommation à la fast fashion
Rassurez-vous, il est tout à fait possible de faire son shopping d’une manière plus portée sur l’écologie. Il existe (heureusement) des solutions pour sortir de la dépendance à la fast fashion.
Acheter des vêtements de seconde main
L’achat des vêtements de seconde main est en plein essor ces dernières années. C’est notamment dû au développement de la vente en ligne, à l’image de Vinted, qui rassemble à lui seul près de 90% des consommateurs. Alors, si vous êtes adepte du mode « vintage », cette alternative est faîte pour vous.
Mais ce type de fonctionnement a aussi ses limites… En effet, la plupart des personnes qui achètent sur Vinted se tournent également vers les plateformes des marques de vêtements rapides. L’achat de seconde main devient alors un mode de consommation comme un autre, et non un acte éco-responsable.
Si vous n’aimez pas acheter en ligne, vous avez toujours la possibilité de vous rendre dans des friperies. Cette approche permet d’être au plus proche du tissu, de se perdre au milieu d’une myriade de vêtements… Et puis, en boutique, on trouve toujours un vendeur ou une vendeuse pour nous éclaircir…
Prendre un habit en bon état : évite la surconsommation
Dès l’achat, vous pouvez anticiper en vérifiant l’état de l’habit. Plus vous achetez un produit de bonne qualité, plus il durera et moins vite devrez le changer ! Voilà une bonne astuce pour éviter la surconsommation…
Pour cela, vous pouvez opter pour des marques de mode éthiques et durables. Premier critère à prendre en compte : le prix. Si celui-ci est anormalement bas pour un tee-shirt, méfiez-vous. Ça veut sûrement dire que la qualité n’est pas suffisante, ce qui vous obligera à en racheter un rapidement.
Le prix n’est cependant pas le seul indicateur. Des enseignes coûteuses peuvent également mener une politique similaire à celle de marques de mode éphémère. Il est donc important de se renseigner, afin de s’orienter vers des enseignes qui se préoccupent un minimum de l’écologie.
Après ce tour d’horizon, vous connaissez l’envers du décor de l’univers de la fast fashion. Vous n’êtes plus dupe quant à la politique des marques de vêtements rapides. Vous savez ce qui se cache derrière la fabrication d’un tee-shirt Shein à un euro, par exemple. Et, surtout, vous avez toutes les clés en main pour adapter vos modes de consommation d’habits.
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